L’église de Braye-sous-Faye

L’église Saint-Jean-Baptiste de Braye-sous-Faye (© MP Terrien)

Un pôle religieux majeur

Dans son état actuel, l’église de Braye-sous-Faye, consacrée à saint Jean-Baptiste, se présente comme un édifice religieux du XIIe siècle. Avec son beau portail d’entrée richement décoré et son clocher, elle constitue un bon exemple de l’art roman du Richelais, malgré les restaurations intervenues à l’époque moderne. Elle a en effet été très remaniée au XVIIIe siècle, puis en 1924. La première mention explicite de l’église n’apparaît qu’au XIe siècle dans les sources, Toutefois, plusieurs éléments suggèrent que ses origines sont beaucoup plus anciennes. L’église de Braye-sous-Faye était en effet un pôle religieux majeur dans le contexte régional.

Au Xe siècle, le lieu porte le nom de Braiacum et occupe une position stratégique en tant que centre administratif et judiciaire, car il figure parmi les quatre chefs-lieux de viguerie du pagus Castri Airaudi, c’est à dire de la région de Châtellerault. Deux chefs de la viguerie, les vicarii de Braye, sont attestés :  Norbert, qui exerce cette fonction pendant une longue période, puis Rainaud en 960. Ces vicarii dépendent des comtes du Poitou et la seigneurie de Braye relève alors de la forteresse de Mirebeau.

Au XIe siècle, la seigneurie de Braye est détenue par Milon. Il laisse deux fils, Pierre et Arbert. Ce dernier devient seigneur de Saint-Jouin de Marnes, une localité située au sud-ouest de Loudun. Braye se rattache à cette époque au diocèse de Poitiers et dépend de l’abbaye bénédictine de Saint-Cyprien, fondée en 828 par Pépin, duc d’Aquitaine. Une charte rédigée vers 1080 nous apprend que Braye dispose alors de deux églises, l’une dédiée à saint Jean et l’autre à saint Pierre, ainsi que d’un baptistère. Ces établissements relèvent féodalement du seigneur Arbert de Saint-Jouin qui, avec son épouse Tomase concède aux moines de Saint-Cyprien les églises et le baptistère de Braye. Trente ans plus tard, cette donation est renouvelée par Raisendis, la fille d’Arbert de Saint-Jouin, et son époux Aimeri Rabastel.

Ces édifices sont antérieurs à l’église actuelle qui date du XIIe siècle, mais on ne sait pas à quelle époque ils ont été construits. Faute d’éléments datés, il est difficile d’établir pour Braye un parallèle entre les sources écrites et l’édifice existant. A une date inconnue, l’une des deux églises a dû être détruite. Seule subsiste celle qui est dédiée à saint Jean, probablement Saint-Jean-Baptiste dès l’origine, en raison de la présence du baptistère.

La continuité de l’occupation

Certes, avec le temps, Braye perd de son influence, au profit de la localité voisine de Faye-la-Vineuse. Cette baronnie relevant du château de Saumur, située sur une éminence, présentait un intérêt militaire stratégique et Foulques Nerra y fait construire une forteresse. Faye gagne aussi en importance religieuse, avec la fondation de la collégiale Saint Georges en 1039 par Dame Nivès. Au XIIe siècle les seigneurs de Faye sont tout puissants et s’approprient même les fonctions judiciaires de Braye. La paroisse de Braye forme désormais un fief qui relève de la baronnie de Faye-la-Vineuse et prend le nom de Braye-sous-Faye.

Toutefois son église conserve son prestige au cours du temps. En effet, le château édifié par le cardinal de Richelieu dépend de la paroisse de Braye-sous-Faye, dont l’église abrite le caveau familial des du Plessis, ce qui souligne l’importance du site. La mère de Richelieu, Suzanne de la Porte y est inhumée en 1616, suivie du fils aîné de la famille, Henri, qui trouve la mort en 1619 à la suite d’un duel.

Des indices architecturaux

L’église de Braye-sous-Faye, séparée de la voie par un mur bas, a conservé son apparence d’enclos. La cuve baptismale, qui devait être à cette époque une cuve à immersion, pouvait se trouver sur le parvis de l’église. Le rite du baptême par immersion, pratiqué jusqu’au Xe-XIe siècle, permettait au fidèle de se purifier, avant de pénétrer dans le lieu saint.

Dans de nombreuses églises paléochrétiennes, le narthex situé avant le porche d’entrée servait d’espace intermédiaire entre le monde profane et le monde sacré, et le baptême pouvait y être pratiqué. Malgré les nombreuses restaurations de l’église, elle a conservé des témoignages de ce rite chrétien qui s’y pratiquait depuis des temps ancestraux : le vitrail situé dans le chœur, qui représente saint Jean-Baptiste (l’inscription Ecce Agnus Dei [qui peccata mundi] désigne le Christ : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ») et dans le chœur, un tableau qui représente le baptême de Jésus dans le Jourdain

L’église Saint-Jean-Baptiste de Braye-sous-Faye, Saint-Jean-Baptiste, vitrail, époque moderne (© MP Terrien)

Une vaste nécropole

Les fouilles menées dans les nécropoles contribuent à une meilleure connaissance du haut Moyen Age. Dès le XIXe siècle, les historiens ont signalé à Braye-sous-Faye une nécropole de grande ampleur, estimée à une dizaine d’hectares et constituée d’une multitude de sarcophages en forme d’auges (un millier à plusieurs milliers).

Les investigations menées en 2012 par l’archéologue Daniel Morleghem dans le cimetière actuel, où affleurent encore une vingtaine de cuves. Elles ont permis d’affirmer que ce site funéraire a été utilisé du haut Moyen-Age jusqu’à l’époque moderne. A l’occasion d’une autre opération de fouilles conduite dans le bourg, cinq sépultures ont été observées à une dizaine de mètres à l’ouest du contrefort nord du pignon de l’église. Une quinzaine de tombes et de nombreux ossements ont été retrouvés au sud-ouest de l’église. Les analyses au carbone 14 ont permis d’établir une datation entre le début du viie et le milieu du viiie siècle.

La christianisation des nécropoles païennes 

Dès le IVe siècle, sous l’influence des évêques, le christianisme progresse en Touraine. Saint Martin de Tours (371-397) et ses disciples évangélisent une grande partie de la Gaule. Saint Hilaire de Poitiers (v.349-v.368) est également un des fers de lance du christianisme. Grâce à Grégoire de Tours, nous savons que le christianisme commence à s’implanter dans les cités comme Tours, puis essaime dans de nombreuses localités : l’église Saint-Martin de Chinon est édifiée vers 440, l’église de Mougon à Crouzilles vers 470, etc… L’implantation de monastères favorise le développement de la nouvelle religion.

A ses débuts, le christianisme s’implante grâce à la construction d’édifices en bois, une technique qui s’est diffusée sous l’effet de la migration des peuples germaniques vers l’ouest. Les sources écrites qui mentionnent des églises et oratoires en bois sont toutefois peu nombreuses, car il est très rare que les auteurs du haut Moyen-Age précisent la nature du matériau utilisé. Une dizaine d’exemples sont toutefois attestés. Les exemples d’églises en bois du haut Moyen-Age, mises au jour par les fouilles archéologiques, restent par ailleurs peu nombreux. Peu solides, ils se sont mal conservés et, lorsque le culte du saint devenu célèbre le permettait, ils étaient remplacés par des édifices en pierre.

Dans les campagnes en particulier, le même schéma se répète : afin de christianiser le cimetière païen, un premier édifice en bois est construit. Il est ensuite remplacé par une construction en pierre, qui se superpose à la construction d’origine et qui en garde l’orientation. La nécropole de Braye, initialement païenne, a probablement été christianisée par l’ajout d’un baptistère et d’une première église en bois, voire d’une deuxième église contiguë, en raison de l’importance prise par le site. Ces premiers édifices ont été remplacés ultérieurement par une construction en pierre, qui s’est superposée aux édifices d’origine. L’importance grandissante de la nécropole est probablement à mettre en relation avec le développement du christianisme.

Dans l’état actuel des connaissances, nous n’avons toutefois aucun témoignage d’une éventuelle construction en bois à Braye-sous-Faye. Seules de nouvelles fouilles permettraient de conforter ces hypothèses.

© Marie-Pierre Terrien

Pour en savoir plus : Marie-Pierre Terrien, « L’église de Braye-sous-Faye et sa nécropole : l’archéologie au secours de l’histoire », Actes du colloque de la 5e Journée inter associative des Sociétés d’Histoire Anjou-Poitou-Touraine, « Archéologies(s) », Loudun, 30 mai 2026, p. 51-62.