Vincent de Paul à Richelieu

Vincent de Paul et le renouveau spirituel du XVIIe siècle
Vincent de Paul (1581-1660) est une des figures essentielles du renouveau spirituel du XVIIe siècle. Il est né à Pouy, un petit village des Landes. Gardien du troupeau de son père, il se fait remarquer par sa vivacité d’esprit et fait ses premières études chez les Cordeliers de Dax. Puis il suit des cours de théologie à l’Université de Toulouse et trouve rapidement sa vocation. A dix-neuf ans il est ordonné prêtre. Plusieurs rencontres décisives le confortent dans sa voie. En 1609, il fait la connaissance de Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire de France, qu’il choisit comme directeur de conscience. L’année suivante, il devient aumônier de la reine Marguerite de Valois. Nommé curé de Clichy en 1612, il fait le vœu de consacrer sa vie aux pauvres.  Pierre de Bérulle lui demande d’être le précepteur des enfants de Philippe Emmanuel de Gondi, général des galères de France. Mais Vincent de Paul ne se sent pas fait pour cette charge et en 1617 il assure pendant quelques mois les fonctions de curé dans une petite paroisse de la Bresse, Châtillon-les-Dombes (Aujourd’hui Châtillon-sur-Chalaronne). C’est à cette époque que s’affirme sa vocation missionnaire. Confronté à la détresse des pauvres, il y crée sa première Confrérie de la Charité pour subvenir aux besoins matériels et religieux des indigents. De retour chez les Gondi qui ne peuvent se passer de sa direction spirituelle, il multiplie les missions sur leurs terres. En 1618, il fait une autre rencontre déterminante, celle de François de Sales, évêque de Genève et fondateur avec Jeanne de Chantal de l’Ordre féminin de la Visitation. Vincent de Paul en deviendra le Supérieur en 1622. Nommé aumônier général des galères en 1619, il se penche aussi sur le triste sort des forçats. Il multiplie désormais les actions en faveur des miséreux et fonde de nombreuses congrégations pour leur venir en aide.
Lorsque le cardinal de Richelieu (1585-1642) fonde sa ville nouvelle en 1631, il veut en faire la vitrine du pouvoir, face aux grands mais aussi face aux protestants, nombreux dans la région en ce début du XVIIe siècle. En tant qu’homme d’Eglise, il se doit de mettre en place la réforme voulue par le Concile de Trente au siècle précédent. Dans ce but, il fait appel à Vincent de Paul (1581-1660) qui, dès 1638, se rend à Richelieu. A la demande du Cardinal, le puissant bienfaiteur de ce projet, il organise la vie religieuse dans la ville nouvelle et dans l’ensemble du duché. Sept prêtres lazaristes sont bientôt chargés de raviver la foi du peuple et de regagner du terrain sur les protestants. Vincent de Paul ne se contente pas d’appliquer les décisions réformatrices du Concile de Trente. Pour lui la charité fait partie des œuvres de la foi. Il fait venir deux Filles de la Charité, pour secourir les malades et les pauvres.
Vincent de Paul se rend compte que le clergé manque de formation. Il comprend qu’il est primordial d’améliorer le niveau moral et religieux des prêtres pour lutter contre l’ignorance du peuple chrétien, surtout dans les campagnes. En 1625, il fonde la Congrégation de la Mission, pour approfondir la foi des prêtres. En 1632, la congrégation, qui occupait le collège des Bons-Enfants, s’installe au prieuré Saint-Lazare, d’où le nom de lazaristes donné aux missionnaires. Constituée de clercs séculiers qui partent évangéliser les campagnes, elle est à replacer dans le mouvement de renouveau spirituel voulu par la Contre-Réforme catholique. En 1633, il crée la compagnie des Filles de la Charité. Ce ne sont pas des religieuses, mais des « séculières ». Leur formation est confiée à Louise de Marillac. Cette jeune veuve d’Antoine Le Gras, qui fut secrétaire de Marie de Médicis, apporte à Vincent de Paul son aide morale et financière. Dès 1638, elles commencent à s’occuper également des Enfants trouvés. Deux ans plus tard, elles sont sollicitées pour venir en aide aux forçats à Paris, avant leur départ pour les galères. Lazaristes et Filles de la Charité s’établissent rapidement dans de nombreuses régions de France. A partir de 1639, Vincent de Paul vient en aide aux régions touchées par la guerre de Trente Ans, puis par la Fronde (Champagne, Ile-de-France, Picardie et Lorraine). Des missions essaiment bientôt à l’étranger, à Alger en 1646, à Madagascar en 1648 et en Pologne en 1651.
Richelieu et Vincent de Paul sont faits pour se rencontrer, car ils ont les mêmes objectifs : améliorer la formation du clergé et raviver la foi du peuple, en appliquant les règles de la réforme de Trente. Ils ont aussi l’intention de ramener les brebis égarées par l’hérésie dans le droit chemin du catholicisme. Tous les deux sont des hommes d’action, déterminés à agir concrètement contre les maux de l’Eglise. Dès le mois de décembre 1637, Vincent de Paul insiste sur la nécessité d’envoyer deux Filles de la Charité à Richelieu, car de nombreux pauvres y meurent sans assistance. Il faut par ailleurs évangéliser cette région, où le protestantisme s’est bien implanté. Cette région de France a été très tôt touchée par la Réforme, qui a bénéficié de hautes protections, à la fois de la part de religieux et de nobles.

La Mission de Richelieu
Le contrat d’installation de la Mission est signé le 4 janvier 1638. Vincent de Paul prend l’engagement d’envoyer sept prêtres à Richelieu avant le mois de mars 1638 et d’en ajouter trois autres avant les deux années suivantes, pour remplir les fonctions curiales dans cette localité, donner des missions dans le duché de Richelieu, mais aussi dans les évêchés de Luçon et de Poitiers. Vincent de Paul s’engage aussi à préparer les ordinands et à recevoir les prêtres aux exercices spirituels. L’évêque de Poitiers érige la cure de Richelieu par acte du 27 mai 1638.

Le prêche de Vincent de Paul , église de Richelieu

En contrepartie de leurs services, le Cardinal fait don aux prêtres du revenu des greffes de Loudun, qui étaient affermés 4550 livres, et s’engage à leur procurer le logement nécessaire. Dans une lettre de 1640, Vincent de Paul témoigne au cardinal de Richelieu « une fort grande gratitude » des biens que sa volonté leur a prodigués. Le contrat des Filles de la Charité quant à lui fut signé le 22 juillet 1643, après la mort du Cardinal.

Vincent de Paul fait régulièrement des séjours à Richelieu, pour s’assurer que tout fonctionne comme le souhaite le Cardinal (1638, 1639, 1640, 1642, puis 1649). Dans l’église de Richelieu, la chapelle latérale sud lui est dédiée. Une peinture murale du XIXe siècle, signée Pauthe de Béziers, qui le représente prêchant, rappelle le rôle fondamental qu’il a joué dans la ville nouvelle.

Pour en savoir plus : Marie-Pierre Terrien, Vincent de Paul à Richelieu, Editions Pays et Terroirs, Cholet, 2017.