Le cinquième duc de Richelieu (1766-1822)

Le 5e duc de Richelieu, petit fils du Maréchal de Richelieu

Le cinquième duc de Richelieu, Armand Emmanuel du Plessis de Richelieu (1766-1822) occupe une place importante dans la saga des ducs de Richelieu.

En 1790, il fuit la Révolution et part servir dans l’armée russe contre les Ottomans. Grâce à l’appui du tsar Alexandre Ier, il devient gouverneur d’Odessa (1803-1814), alors colonie naissante fondée ex nihilo sur les bords de la Mer Noire, au lendemain des guerres contre les Turcs et de la reconquête du littoral. En 1810, il est nommé gouverneur de Nouvelle Russie, dont Odessa doit être la capitale, et administre cet important territoire qui s’étend alors jusqu’au Caucase. Le duc de Richelieu considère la Russie comme sa patrie d’adoption.

Le Cardinal et le Maréchal ont œuvré pour faire de Richelieu un programme architectural ville-château modèle. Mais à l’époque du cinquième duc de Richelieu, le château connaît un triste sort. Il est confisqué comme bien national et subit plusieurs spoliations. En 1805, la famille de Richelieu réussit après un long procès à récupérer ses biens. Mais Armand Emmanuel doit composer avec ses deux demi-sœurs, qui réclament une partie du domaine, et il décide de vendre le château de son grand-oncle. Ce magnifique palais fut démantelé pendant plus de trente ans par le nouveau propriétaire, Alexandre Bontron, et ses riches collections furent sauvagement dispersées.

Vestiges du château de Richelieu détruit dans la première moitié du 19e siècle :

Le dôme (ancien manège du château de Richelieu)
Les caves
L’orangerie

Le cinquième duc de Richelieu préfère s’impliquer dans la mise en valeur de la cité qu’il doit administrer. La colonie d’Odessa, tracée au cordeau, devient une ville florissante, qui attire de nombreux immigrés grâce à l’exemption de taxes. Le duc contribue à son développement économique et entreprend l’agrandissement du port par lequel s’effectuent les exportations de céréales. Il favorise son essor culturel, fonde un théâtre et un collège, qui deviendra par la suite le lycée Richelieu.

Le maréchal de Richelieu eut le regret de ne pas être premier ministre et de ne pas suivre la voie tracée par son aïeul, le grand Cardinal. Son petit-fils réalise son vœu. En effet, bien que très attaché à la Russie où il réside plus de vingt ans, il revient en France à la Restauration, par devoir patriotique. Cet homme éminent est appelé par Louis XVIII, qui a entendu parler de ses nombreuses qualités. En tant qu’ami du tsar Alexandre Ier, lui seul par ailleurs peut obtenir son appui pour la France. Louis XVIII remplace Talleyrand au ministère des Affaires étrangères. Le duc de Richelieu a la lourde charge de traiter avec les alliés au congrès de Vienne. Fin négociateur comme son aïeul le Cardinal, il réussit à faire accepter aux alliés le second traité de Paris (20 novembre 1815), dont les exigences sont moins drastiques que celles prévues initialement.

Le duc de Richelieu est également chargé de redresser la situation économique et politique de la France. Sa mission s’avère difficile, car il doit composer avec les ultraroyalistes. Rapidement, sa nouvelle vie lui devient insupportable. Il a la nostalgie de sa terre d’adoption…

Il finit par démissionner le 13 décembre 1821. Désormais libéré de toute contrainte, il n’a qu’une hâte, retourner à Odessa. Mais il décède le 17 mai 1822, sans avoir pu réaliser son dernier rêve.

Armand Emmanuel mourut sans héritier. Le titre de duc de Richelieu passa au fils de sa demi-sœur Simplicie, Armand François Odet de la Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac (1804-1879). Le sixième duc décéda à son tour sans héritier et le titre passa à son neveu Marie Odet Richard Armand de La Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac (1847-1880). En 1878, le domaine de Richelieu fut acquis par Michel Heine, banquier parisien, qui reconstitua le parc pour son gendre, le marquis de Jumilhac, septième duc de Richelieu. Embelli par de nombreuses plantations, le domaine retrouva son faste d’antan. Le septième duc de Richelieu mourut en 1880, à 32 ans. Le réaménagement du parc fut achevé au début du XXe siècle par Georges Heine, fils de Michel Heine.

Le titre passa ensuite au huitième duc de Richelieu, Marie Odet Jean Armand de La Chapelle de Saint-Jean de Jumilhac (1875-1952), fils du précédent. En souvenir de son aïeul Armand Jean du Plessis, restaurateur de la Sorbonne, il fit don du domaine, en 1930, à l’Université de Paris, qui en est toujours propriétaire. Le huitième duc mourut sans héritier et le titre de duc de Richelieu s’éteignit en 1952.

Pour en savoir plus : Marie-Pierre Terrien, Richelieu, le cardinal-ministre, sa cité idéale, son héritage, Editions La simarre, 2021.

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